Making of
Faire d'un roman une bande composée n'a rien d'un bouton magique. Voici l'atelier : la chaîne de programmes construite pas à pas, ce qu'elle a produit, ce qui a résisté, et quelques échanges de la longue relecture case par case.
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La chaîne de fabrication
Du roman découpé en cases jusqu'aux planches lettrées : la mise en scène de chaque séquence, la fabrication de chaque case, puis la boucle de correction, où l'auteur relit tout et où chaque défaut est corrigé à sa source.
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Du roman aux planches, étape par étape
- Le découpage en planches et en cases
Le roman est réparti en trois tomes, puis chaque chapitre en planches (170 en tout) et chaque planche en cases (999). Pour chaque case : un gabarit de mise en page, le cadrage (plan large, gros plan, plongée…), ce qu'on doit voir, et les textes : récits, bulles, pensées, onomatopées. C'est la partition dont tout le reste découle.
- Les séquences
Les cases qui se suivent dans un même lieu forment une séquence : même décor, même lumière, mêmes costumes, une action qui avance d'une case à l'autre. Une case marquée « suite » ne se dessine que lorsque la précédente est validée, et part d'elle.
- Les plans de scène
Pour 25 lieux qui reviennent, un vrai plan : la carte du lieu avec ses éléments fixes (une arche, un parvis, un go-ban, une estrade), la place de chaque personnage, et pour chaque case la position et la direction de la caméra. Le programme en déduit qui est vu de face ou de dos, à gauche ou à droite, et ce qui est hors champ, puis l'écrit dans la demande d'image.
- Les fiches de référence
Avant toute case, une bible (personnages, lieux, objets, continuité) puis des fiches dessinées : 40 personnages et créatures, 78 costumes et états (en voyage, en transe, sur la décharge…), 59 lieux et 16 objets clés, des épées-âmes à l'ocarina. Chaque fiche est relue et validée ; la chaîne joint automatiquement les bonnes à chaque case, jamais plus de quatre.
- Le lettrage et les bulles
Aucun mot n'est dessiné par le générateur : récits, bulles, pensées et onomatopées sont posés ensuite par le programme. Il repère dans chaque case les visages et les bouches, cherche les zones calmes de l'image (ciel, mur, sol), place les bulles dans l'ordre de lecture, de gauche à droite puis de haut en bas, sans jamais couvrir une tête ni une autre bulle, et oriente chaque pointe vers la bouche de celui qui parle. Puis l'auteur reprend tout à la main, case par case, dans un outil de relecture construit exprès : déplacer une bulle, l'élargir, raccourcir une pointe. Chaque geste est enregistré et réappliqué à chaque nouveau montage. Plus de cent planches ont ainsi leurs réglages propres, et une nouvelle passe complète est en cours.
- Les Mémoires du Peuple Damné
Entre les chapitres, trente pages d'encyclopédie, comme arrachées à un manuscrit de Zaybooha : des notices écrites dans la langue des Juges, des études dessinées, des schémas tracés à la plume par le programme, et parfois les annotations d'une seconde main. Chacune est placée à l'endroit où elle éclaire le récit sans rien en dévoiler trop tôt.
Un plan de scène
La caverne d'Oorn vue de dessus : les éléments fixes du décor, la place de chacun autour du feu, et une caméra par case (en rouge). Chaque case reçoit, calculé depuis ce plan, qui elle voit, de face ou de profil, et ce qu'il y a derrière.
Quelques fiches de référence
Dessinées et validées avant la première case, puis jointes automatiquement aux cases où elles servent.
Les pages des Mémoires
Les notices sont écrites puis composées par le programme ; les études dessinées sont générées, découpées et légendées, les schémas tracés à la plume par le code.
En chiffres
- 999cases dessinées, sur 170 planches et trois tomes
- 2 838demandes d'image au générateur, dont 2 771 abouties
- 1 925retouches ciblées (un bras, un ciel, une épée de trop…)
- 645cases redessinées entièrement
- 917défauts relevés, dont 365 par l'auteur lui-même, case par case
- 236fiches de référence : personnages, costumes, lieux, objets
- 16 800lignes de programme pour piloter, contrôler et assembler
- 28jours, du premier roman découpé au dernier tome monté
Ce qui a résisté
- Rester le même d'une case à l'autre
Un visage, une barbiche, une cape ocre : le générateur réinvente tout à chaque image. Chaque personnage a ses fiches de référence, jointes à chaque case, et ses états (en voyage, en transe, sur la décharge…).
- Un décor qui ne bouge pas quand la caméra tourne
Pour qu'une séquence se tienne, chaque scène a son plan : la carte du lieu, la place de chacun, une caméra par case. Le programme en déduit ce qui est dans le champ, et ce qui ne doit surtout pas y être.
- Les Morcheebahs ne sont pas des chevaux
Ni les Zayboohiens des humains, ni un ciel sans soleil un ciel ordinaire. Le générateur ramène tout vers ce qu'il connaît : il a fallu écrire des dizaines de règles, injectées dans chaque demande.
- Aucun mot dans les images
Bulles, récits, inscriptions sur les socles, titres sur les parchemins : tout le texte est posé par le programme, en perspective, après coup. Les images, elles, doivent rester muettes.
- Corriger sans tout casser
Une retouche répare un bras et en ajoute un autre. Chaque correction validée par l'auteur est protégée dans les retouches suivantes, et la cause est corrigée à la source (découpage, bible, règles) pour ne pas revenir.
- Le temps et les quotas
Le générateur a ses limites journalières : la chaîne tourne la nuit, s'arrête, reprend seule au matin, et l'auteur relit pendant ce temps.
Paroles d'atelier
« PAS D'AÉRONEFS DANS LE CIEL ! »
« KHAOMAN »
« Les morcheebahs ne doivent pas être fusionnées avec la charrette. »
« Notre-Dame n'est pas sur une colline, fais plutôt le Sacré-Cœur. »
« Il manque une jambe. »
« Les Pheyyls sont trop en rang, il faudrait qu'elles tournent autour de Yhariss comme des mouches. »
« La chaîne tourne ? »
« Limite de génération d'images (24 h) atteinte ; reprise possible à 01 h 09. »
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